Ci-dessous la recette de feu Georges Matthey-Claudet, un vrai "résistant", comme on les connaît encore au Val-de-Travers, un forgeron de Môtiers, à l'abondante toison rouge, spécialiste en alambics interdits et en Fée verte. Elle a été confiée à Pierre-André Delachaux par la fille de M. Matthey-Claudet :

Mettre dans l'alambic de 60 litres:

15 litres d'alcool pur à 95 degrés,

25 litres d'eau.

Ajouter la "blanquette" de la cuite précédente (un litre environ),

3 poignées de"grande",

1 poignée de "petite",

2 kg d'anis,

1 kg de fenouil,

1 poignée d'hysope,

1 poignée de mélisse,

1 poignée de menthe.

 

Mme Matthey-Claudet évoque les secrets de fabrication de son père: "Au début de la cuite, on sent très fort l'alcool. A la fin, les odeurs se diversifient. A ce moment-là, il convient de se montrer attentif et de goûter à tout moment la "blanquette", qui coule blanche parce que l'alcool diminue rapidement. Sitôt que le goût risque de tourner au cachou, il faut retirer le récipient mais en glisser un autre sous le refroidisseur pour continuer de distiller tout l'alcool qui reste, parce que ces arrière-goûts sont indispensables à la prochaine cuite et lui donneront un bouquet complet, harmonieux et velouté.

Mon père colorait son absinthe selon une méthode originale. Au sortir de l'alambic, transparente, elle coulait dans une bonbonne par un entonnoir qu'il avait rempli de plantes de petite absinthe, de mélisse et d'hysope. C'était une coloration "à l'ancienne", que d'autres distillateurs avaient remplacée par une coloration chimique. L'absinthe méritait alors véritablement son nom de Fée verte."

 

 

Source : Pierre-André Delachaux Lettres à un amateur d'absinthe . 2002